Cette famille LAMOUR, dont les membres sont maîtres de bateau ou marins pêcheurs, quittèrent le Boulonnais ou le Calaisis pour s'établir au XVIIème siècle à Fort Mardyck qui à cette époque, ne formait pas encore une paroisse mais une agglomération de pêcheurs partagée entre les paroisses de Grande-Synthe et Petite- Synthe, les actes paroissiaux étant à rechercher dans l'une ou l'autre selon la proximité de l'habitat, qui reste cependant situé à Fort Mardyck bien que ceci n'apparaisse pas. Par la suite, Fort-Mardyck formera une commune distincte de 1790 à 1800, sera annexée ensuite à Mardyck cette dernière année (d’où actes d'état civil à y quêter), puis à Grande-Synthe en 1830 avant de devenir autonome en 1867. (Voir l'explication de cet exode dans l'étude de la famille CARRU.

 

Nos LAMOUR sont très vraisemblablement originaires d'Etaples où ce patronyme est très ancien et où l'on trouve encore à l'heure actuelle de nombreux porteurs de ce nom de famille de même que dans la baie de la Canche et, plus au sud, dans celle de l'Authie, particulièrement à Berck et Grofliers. Autrefois des LAMOUR habitaient également Saint Valéry en Caux en Seine-Maritime.

 

Ceux qui nous intéressent s'installèrent au XVIIème siècle à Waldam, hameau de pêcheurs situé entre Marck et Oye et dépendant de ces deux paroisses, ce qui contraint à interroger les registres paroissiaux de l'une ou l'autre selon l'endroit de Waldam où étaient fixés les individus.

 

Signalons au passage qu'à Marck, un chemin qui mène à la mer à travers les dunes est encore appelé "Rampe LAMOUR". (Plus qu’un chemin, il s’agissait sans doute du passage qui permettait de haler à l’abri du cordon de dunes, les embarcations qui servaient à la pêche ; il n’y avait pas de port, pas d’abri lors des tempêtes ou simplement des fortes marées. D’ou le mot rampe).

 

Il existait à Grand Fort Philippe le café du Pont Lamour. Ce café se trouvait à l’entrée de Grand Fort, en arrivant de Gravelines, à peu près à hauteur de l’actuel cimetière ou du chemin (maintenant route) du Banc à groseilles. Le Pont Lamour devait être une ancienne passerelle en planches au dessus du Watergand (fossé d’évacuation des eaux) des Hemmes.

 

Actuellement, le minitel ne révèle plus de LAMOUR à Waldam, ni Marck, ni Oye. C'est probablement massivement qu'au XVIIème siècle ils ont abandonné cette région au profit de Fort-Mardyck, sans doute pour la raison évoquée ci-dessus. Au début de ce siècle, on trouve encore trois LAMOUR, tous matelots, dans le recensement à titre militaire du hameau de Waldam établi en 1709.

 

Nous ne savons pas vraiment ce que devinrent les LAMOUR au XIXème siècle. A l'heure actuelle on en relève que d'infimes traces par minitel dans le Dunkerquois. Peut-être renoncèrent-ils à la pêche artisanale qui devenait périmée et essaimèrent- ils ailleurs à la recherche de nouveaux débouchés ; à moins qu'ils ne se soient repliés vers les baies de la Canche et de l'Authie pour continuer à y pêcher à leur manière mais ceci n'est que pure supposition.

 

Waldam (alias Waldan comme mentionné sur la carte de Cassini, qui figure ci-après), serait un nom d'origine gauloise qui fut latinisé en Cavaldunum puis mutilé. Cavaldunum est cité dans une bulle du pape Pascal II du 28 octobre 1110 à propos de l'abbaye de La Chapelle fondée par Sainte Ide de Boulogne. Ce lieu dit "Hemmes de Marck, "Waldam" est à égale distance des bourgs de Marck et de Oye et l'appartenance des habitants à l'une ou l'autre des paroisses ne devait pas être bien définie. D'autant plus qu'il s'agit d'un lieu ou les combats furent nombreux et que les habitants allaient parfois là ou ils pouvaient : Mr LEMAIRE a relevé dans le registre de Marck la mention suivante : " le 10 août, les ennemis arrivant à Oye, prirent le fort du ?…et après tout les autres…les enfants furent baptisés ailleurs". Le registre ne dit pas où et les baptêmes reprennent en septembre (année 1642). Le lieu dit "Bas Marck", quant à lui serait situé, selon une ancienne carte d’état major, entre le bourg de Marck et Coulogne.

 

A Marck, il y avait au Vème siècle une garnison de cavaliers Dalmates chargée de défendre le littoral (litus saxonicum) contre les incursions des Saxons. Marck faisait partie des biens du monastère de Saint- Bertin comme l'attestent les chartes et donations de Charles Le Chauve en 877, du comte de Flandre Arnould le Vieux en 938 etdu roi Lothaire, fils de Louis IV d'Outremer, en 982.D'une grande étendue au Moyen-Age (17 000 hectares), la terre de Marck englobait 16 paroisses dont Oye et Calais.

 

 

Revenu à la France après la reconquête de Calais par le Duc de Guise le 6 janvier 1588, Marck ne fut plus ensuite qu'un simple village du "Pays Reconquis", ne conservant de son ancienne importance que le titre de doyenné.

 

Fort-Mardyck : pour défendre aux Hollandais l'accès au port de Dunkerque par la "Fosse de Mardyck", on construisit sur l'estran vers 1621 un important fort en bois sur pilotis près de Mardyck qui faisait alors partie des Pays-Bas Espagnols. Ce fort fut brûlé par sa garnison le 5 juillet 1645 lorsque les Français attaquèrent Mardyck défendu par les Espagnols.

 

Les Forts (ou châteaux) Vert et de Bonne-espérance, où des personnages de cette étude servirent comme canonniers et aides- canonniers (voir le début de la liste de 1706 ci-après) étaient également bâtis sur pilotis et protégeaient les têtes des jetées est et ouest du chenal menant au port de Dunkerque à travers le banc Schurken. Ces deux jetées de 1 200 mètres de long bordaient un chenal de 100 mètres de large où pouvaient pénétrer des vaisseaux de 60 à 70 canons selon l'importance des marées. Le Fort de Bonne-Espérance, gardé par 283 marins et soldats, disposait de 22 grosses pièces d'artillerie, le Fort Vert en avait 24, servies par 277 hommes. Ces deux forts faisaient partie d'un dispositif de défense mettant au total 152 pièces en batterie. Chenal, jetées et fortifications étaient l'oeuvre de Vauban.

 

Les membres de la "colonie" de matelots picards que Louis XIV avait installé à Fort-Mardyck avaient, comme les matelots flamands, le privilège, qui dura jusqu'au début du XXème siècle, de ne pas être soumis aux "classes" de l'inscription Maritime crée par Colbert afin de se procurer des équipages pour la marine de guerre. Et pourtant certains personnages des quatre familles servirent dans la "Royale". Peut-être ne faisaient-ils pas partie des "colons" favorisés de Fort-Mardyck, à moins qu'ils n'aient été volontaire ou qu'il y eu des exceptions à cette exemption en cas de graves conflits.

Bien que servant en principe sur des bateaux armés et basés à Dunkerque, les marins enrôlés dans la région se retrouvaient parfois à Brest, principal port de guerre du Ponant. Ce fut le cas par exemple en 1690 où des pilotes et pêcheurs familiers des bancs de Flandre réquisitionnés et embarqués pour Brest où l'escadre de Dunkerque arriva le 6 mars pour aider à transporter 6 000 soldats à Cork en Irlande. Un des ancêtres LAMOUR de Mr LELEUX, auteur de cette généalogie est mort à Brest et il se pourrait que des LAMOUR y aient fait souche car on rencontre à l'heure actuelle de nombreux porteurs de ce patronyme dans le Finistère et particulièrement à Brest. Une telle extrapolation est cependant hasardeuse car les patronymes LAMOUR et LAMOUREUX proviennent de surnoms moqueurs et on trouve donc des LAMOUR, LAMOUREUX et LAMOURETTE un peu partout en France.

Les registres paroissiaux n'ayant pas été dépouillés systématiquement, cette étude des LAMOUR n'est pas exhaustive.